Compositions et Allégories

Etayage et description des éléments de langage et de la stratégie picturale d’une peinture, ici

«L’oubli et la forêt»
100×161 cm, encre et acrylique sur toile
2024

Cette œuvre n’impose pas un sens : elle en propose plusieurs, tous traversés par le temps, la perte, et ce qu’on ne voit qu’après-coup. Elle est une invitation à ralentir, à désapprendre. À voir autrement. Elle appartient autant au silence qu’au regard qui ose s’y attarder

Thématique:

«Le choix des thématiques arrive par évidence et s’impose à moi comme une obsession, une image latente qui ne lâche pas ma rétine et cherche une forme pour s’exprimer.»

La toile fait parti d’une series à 4 thèmes succéssifs :

  1. L’arbre
  2. Puis la foret
  3. Ensuite une grotte au cœur de cette forêt
  4. Et enfin un visage qui en surgit

Cette toile aborde le thème de la forêt.

  • Titre : L’oubli et la forêt
  • Dimensions : 100 cm x 161 cm – proportion du nombre d’or, souvent associée à l’harmonie naturelle.
  • Technique : Technique mixte, superpositions d’encre et d’acrylique, tracés ( gribelen ) au bic sans encre, révélations pigmentaires par transfert/impression.
  • Référence source : Inspirée librement de La chasse de Méléagre et d’Atalante de Rubens, toile baroque monumentale et du poème de Rimbaud, le Dormeur du val, allégorie de l’illusion du beau.

« La chasse de Méléagre et d’Atalante 1616-1620 », Pierre Paul Rubens hauteur : 257 cm ; largeur : 416 cm nombre d’or ratio de 1/1.61.

C’est le mythe de Atalante qui m’intéresse, Femme qui refuse le mariage, tue ses prétendants s’ils ne réussissent pas à la battre à la course et fini par se faire avoir par une ruse des Dieux.

« Le Dormeur du val » écrit par Rimbaud en 1870, à l’âge de 16 ans.
La beauté jaillit au abord de la perception d’une idée, la guerre et ses conséquences sont horribles alors que la scène décrite et le poème sont magnifiques.

« C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit »

Lien : La perception qu’on a de notre environnement module complètement la vision qu’on se fait du monde. La réalité fini toujours par nous rappeler à elle, elle se marie, il n’est plus.

  1. Un dialogue avec les maîtres

Références assumées : Rubens, Artemisia Gentileschi, Raffaello, Caravaggio — autant de figures où le geste pictural est organique, dramatique, incarné.

Développement : Tout regard porté sur une œuvre porte aussi l’ombre de ceux qui nous ont appris à voir. Voir, c’est hériter.

  1. Une réinvention de Rubens : de la chasse au silence

«L’oubli et la forêt» prend pour point de départ une scène de chasse baroque (Rubens), mais la transforme, la déconstruit, l’efface jusqu’à ce qu’un vide central émerge.
L’artiste ne représente pas la chasse, il la dissout. À la place de la violence du mythe, une ouverture, une clairière, une absence où l’œil peut se perdre.

Développement : L’image n’est plus un théâtre de l’action, mais un lieu du retrait. Voir, c’est aussi consentir à ne pas tout saisir.

  1. Le travail du blanc : le silence comme force plastique

L’œuvre repose sur une tension entre saturation chromatique et réserves de blanc. Le vide central agit comme une grotte, un œil, ou un visage en latence.
« Ce blanc n’est pas un oubli. Il est attente, possible, battement. Le blanc organise, sépare, respire. »

Développement : La peinture n’est pas seulement ce qui est montré, mais aussi ce qui résiste à l’apparition. Le visible se nourrit de ce qu’il exclut.

  1. Le geste compulsif : écriture au bic sans encre

L’artiste inscrit littéralement le temps dans l’œuvre : traits tracés au bic sans encre, écriture invisible, presque gravée dans la matière.
« Ce geste est une obsession lente, une manière de contenir la surproduction en ralentissant volontairement le processus. »

Développement : Dans une époque de vitesse, tracer sans encre est une forme de résistance. Peindre devient une manière de penser lentement et de se retirer du monde pour penser la lenteur.

  1. Composition : fragmentation du regard

L’artiste ne compose pas selon une narration linéaire, mais par fragments, zones, couches superposées. L’œil circule sans centre imposé.
« La toile ne guide pas, elle est le support du regard. C’est au spectateur de voir son propre parcours intellectuel et sensible. »

Développement : L’acte de voir est ici un acte de liberté. Chaque regard devient une carte mentale, un voyage singulier dans la matière.

  1. Révélation des couleurs : un moment suspendu

Les couleurs sont révélées par un processus proche de la gravure, via matrices, transferts et décisions finales prises dans l’urgence. L’instant de révélation est vécu comme un basculement.
« Il y a un moment décisif dans cette peinture : le moment où les couleurs apparaissent, irréversibles, presque accidentelles. »

Développement : L’œuvre n’est pas planifiée mais révélée. L’artiste se refuse de tout maîtriser, et c’est dans cette incertitude que naît l’improbable.

  1. Forêt et oubli : une allégorie contemporaine

L’œuvre part d’un arbre pour finir dans une forêt. L’arbre seul n’a pas de sens sans les autres, comme l’humain seul n’a pas de monde sans relation.
« Ce tableau raconte l’oubli de la forêt en chacun de nous. Mais aussi sa possible réapparition. »

Développement : Peindre une forêt, c’est peindre une mémoire collective. L’oubli est le prélude de tout souvenir.